
Prenant en compte les refontes souhaitées par le paquet Omnibus, l’EFRAG vient proposer, dans un rapport de progrès du 20 juin 2025, une refonte en profondeur des normes ESRS pour réduire de moitié les obligations de reporting, tout en préservant les objectifs de la CSRD et du Green Deal.
Objectif assumé : un reporting durable allégé, mais pertinent
Conformément au mandat confié par la Commission européenne, l’EFRAG publie un rapport de progrès sur la révision des ESRS, en réponse à la pression des entreprises confrontées à un reporting perçu comme trop complexe. Le principe directeur : réduire substantiellement les charges sans trahir l’ambition initiale, à savoir une information de durabilité utile à la décision.
Parmi les mesures phares figurent :
- une réduction d’au moins 50 % des points de données obligatoires,
- une simplification radicale de l’analyse de double matérialité (DMA),
- une flexibilité accrue dans la présentation des rapports,
- et une meilleure interopérabilité avec les normes ISSB.
Double matérialité : retour au bon sens
L’analyse de double matérialité, jugée trop formelle et lourde, sera recentrée sur l’essentiel :
- point de départ : le modèle d’affaires plutôt qu’un scoring exhaustif,
- clarification des notions d’IRO (Impacts, Risques, Opportunités),
- filtrage rigoureux de la matérialité de l’information (y compris pour les ESRS 2),
- et affirmation du principe de représentation fidèle, à la manière des IFRS.
L’ambition est de mettre fin à une logique de conformité procédurale, pour replacer la pertinence décisionnelle au cœur du dispositif.
Moins de points de données, plus de lisibilité
Plus de 50 % des datapoints seraient supprimés, transformés en points d’orientation non contraignants ou fusionnés :
- suppression des données narratives jugées trop granuleuses,
- recentrage sur les Minimum Disclosure Requirements (MDR) vraiment utiles,
- possibilité de regrouper les données détaillées en annexes,
- flexibilité dans la structuration du rapport (ex. résumé exécutif en tête de rapport).
L’ensemble vise à redonner aux entreprises la capacité de « raconter leur histoire » en matière de durabilité, tout en réduisant les redondances et la surcharge documentaire.
Un alignement renforcé avec les standards internationaux
Les ajustements proposés permettent de mieux aligner les ESRS avec les IFRS S1/S2 et le Greenhouse Gas Protocol :
- harmonisation du périmètre de reporting des émissions GES,
- introduction des soulagements de type « coût ou effort excessif » pour la chaîne de valeur,
- possibilité de ne pas publier certaines données absentes des normes ISSB,
- suppression ou reclassification des indicateurs SFDR peu pertinents.
Prochaines étapes : consultation estivale et arbitrages finaux
- 2 juillet 2025 : publication de la version intermédiaire (V2)
- mi-juillet à fin juillet : adoption officielle du projet d’amendements
- fin juillet à début septembre : consultation publique (40–45 jours)
- 31 octobre 2025 : remise du rapport final à la Commission
- décembre 2025 : finalisation de l’analyse coûts-bénéfices
En résumé
La révision des ESRS est bien plus qu’un toilettage technique : c’est une tentative de recentrer le reporting sur l’utile, le pertinent et le faisable. Reste à voir si les entreprises – et les parties prenantes – s’empareront de cette opportunité pour réconcilier conformité et stratégie.